Pour une mobilisation générale en faveur de la monétique à la française


Ou comment limiter notre dépendance aux réseaux américains  Visa et MasterCard

Alors que, pour se faire entendre, notre ex-Président fustige les normes européennes avec une réglementation sur le concombre qui n'existe plus depuis des années, peut-être ferait-il mieux, ainsi que tous les autres présidentiables, de parler du paiement par Carte Bancaire en Europe.

Souvenez-vous de l’impact de la pomme des Guignols de l’Info lors de l’élection de Jacques Chirac ; comme les Guignols n'existent plus, je propose aux futurs candidats de remplacer la pomme par le bouton jaune du terminal de paiement.
Pourquoi ? Parce que l'utilisation de ce bouton dans les prochains mois pourrait être décisive pour la survie de la monétique à la française.

A l’origine…


Il y a plus de 30 ans, en 1984 pour être exact, les banques françaises ont créé un Groupement d'Intérêt Économique appelé le GIE CB, souvent confondu avec Carte bleue. 

Certes, Carte bleue a bien été un GIE gérant l'interconnexion avec le réseau Visa, avant de lui être vendu, mais en réalité, CB veut dire Cartes Bancaires. C'est tellement évident qu’on ne réalise pas que c'est une marque, une marque si banale par son nom « commun » qu’en dehors des experts, personne ne connaît ni son rôle ni son importance.

Ce GIE CB est un réseau d'acceptation permettant de ne pas reverser des royalties à Visa et à MasterCard lors d'un paiement chez un commerçant ou e-commerçant affilié au réseau. Il a été - et reste - un acteur majeur en France dans le développement des normes, de la standardisation, de la certification des terminaux de paiement et des plateformes de paiement en ligne, et dans la lutte contre la fraude.


Acteur important de la maîtrise des coûts de la monétique française, pour le commerçant comme pour l'acheteur, le réseau d'acceptation CB est un outil important pour ne pas dépendre des Américains Visa et MasterCard. D'autres pays comme l'Inde avec Rupay, la Chine avec la carte CUP, le Brésil avec la carte Elo, la Belgique avec la carte Bancontact, etc. ont bien compris qu'un réseau local d'acceptation était une force pour leur pays.

Pourquoi une telle prise de position ?

Aujourd’hui, une chose est sûre : prenez n'importe quel détenteur de carte dans la rue, et demandez-lui quel type de carte il possède, 999 999 fois sur 1 000 000 il vous dira que c'est une Visa ou une MasterCard, même si c'est une CB.

C’est logique, puisque le logo CB est caché au dos de la carte et qu'il est majoritairement co-brandé avec Visa ou MasterCard. Donc devant, on voit Visa ou MasterCard et derrière, on voit le logo CB, en petit. Même si d’un point de vue marketing, les choses évoluent, cela va prendre un certain temps, de par la durée de vie même des cartes.

Et le temps est précieux…
- Parce que Visa Inc a racheté Visa Europe aux banques Européennes et, ayant déboursé quelques milliards pour cela, Visa Inc veut son « money back », comme Margaret Thatcher en son temps.
- Et parce que depuis juin dernier, pour respecter la concurrence en Europe, l'acheteur et le commerçant peuvent désormais choisir leur marque préférée : CB contre Visa ou CB contre MasterCard.

Quelles implications ?


Lorsque nous allons payer avec une CB, la marque par défaut choisie par le commerçant nous sera proposée (CB ou Visa si la carte CB est co-brandée Visa, CB ou MasterCard si la carte CB est co-brandée MasterCard).

Si l'on choisit ou valide CB, la demande d'autorisation passera par le réseau que les banques françaises ont construit avec un grand professionnalisme depuis plus de 30 ans.
Si l'on choisit ou valide la marque co-brandée (Visa ou MasterCard), la demande d'autorisation passera outre notre réseau national, entrainant le paiement de commissions à des sociétés américaines.

Visa a donc tout intérêt à convaincre les grands marchands pour qu'ils ne proposent plus la marque CB par défaut. Le commerçant peut donc négocier ou "se faire acheter" pour proposer par défaut Visa à la place de CB.

Sur le point de vente, seul le bouton jaune du terminal de paiement nous permet de modifier le choix de la marque et donc du réseau.

En e-commerce, le consommateur peut également choisir son réseau car tous les logos sont affichés de façon distincte sur le site de l’e-commerçant. Malgré cela l'acheteur aura tendance à cliquer sur la marque qu'il connait le mieux, écartant de fait le réseau CB.

Donc oui, Mesdames et Messieurs les consommateurs, vous avez le pouvoir de choisir CB et de préserver ainsi notre monétique à la française. Notre French Tech protège aussi vos données car il faut savoir qu’à chaque fois que Visa ou MasterCard est choisi sur un point d'acceptation du réseau CB, ce sont vos informations personnelles qui partent aux US…

Pour conclure


Je voudrais rappeler que si nous en sommes là, c'est aussi parce que l'Europe a été incapable de construire une carte bancaire Européenne avec un réseau d'acceptation Européen, contrairement aux Chinois ou aux Indiens par exemple. Le projet Monnet est resté dans les cartons et aujourd'hui quand on utilise sa carte dans un autre pays européen, on paye des commissions à Visa ou à MasterCard.

J’invite donc les futurs candidats à la présidentielle à faire de l’utilisation de ce bouton jaune l’un des thèmes de prédilection de la campagne à venir. Je m’adresse aussi à l’ensemble de la classe politique ainsi qu’à tous les citoyens sensibles à l’importance du « made in France » : utilisez la touche jaune du terminal de paiement et choisissez le réseau CB.
CB comme Cartes Bancaires. CB comme C'est Bon pour la France.

Commentaires

  1. patrick flamant30 mars 2017 à 09:18

    noble cause Alain, mais je crains fort que le combat ne soit perdu d'avance compte tenu des forces en présence...

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